Mémoire · Vérité · Justice
Dafroza Gauthier
1954 – 2026
Une vie consacrée à la mémoire, à la vérité et à la justice.
Son combat continue.
Kigali, 18 novembre 2017 · Photo Paul Kagame / Flickr, CC BY-NC-ND 2.0
Hommage de la CRF
Une figure de courage
Dafroza Mukarumongi Gauthier a consacré sa vie à une exigence simple et immense : que la vérité soit dite, que les responsables du génocide contre les Tutsi répondent de leurs actes, et que la mémoire des victimes soit transmise.
Pour la Communauté Rwandaise de France, qu'elle a présidée de 2005 à 2007, Dafroza reste une figure de courage, une militante infatigable de la justice et une référence dans le combat contre l'impunité.
Elle était aussi une femme profondément attachée à la transmission, aux jeunes générations et à la dignité des rescapés. Aux côtés d'Alain Gauthier, elle a montré qu'une poignée de personnes déterminées peut faire reculer l'impunité. Leur travail a valu au couple d'être surnommé « les Klarsfeld du Rwanda », en référence à Beate et Serge Klarsfeld, qui ont consacré leur vie à faire juger les criminels nazis.
Cette page mémorielle s'enrichit au fil du temps : témoignages, photos, vidéos et archives y seront ajoutés progressivement. Vous pouvez y contribuer.
Témoignages
Ils et elles se souviennent
Hommages officiels
« Son courage et son engagement inébranlable en faveur de la mémoire, de la vérité et de la justice »
Le Gouvernement rappelle que son travail pour contribuer à traduire en justice des suspects installés en France lui avait valu, avec Alain Gauthier, l'Igihango National Order of Outstanding Friendship en 2017. Il salue « un héritage durable ».
Source : déclaration du Bureau du Porte-parole du Gouvernement du Rwanda, 3 octobre 2026.
« Son œuvre a honoré la justice toute entière, elle a redonné honneur aux disparus et renforcé la résilience des survivants. »
Le ministre souligne l'impact de son travail auprès des rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi et son engagement constant contre l'impunité.
Source : publication X de @DrDamascene, 3 octobre 2026.
« L'héritage de Mme Dafroza Gauthier restera à jamais dans nos mémoires et dans nos actions, étant une fierté pour la génération actuelle, et une inspiration pour les générations futures. »
Le ministre évoque « une immense perte pour le Rwanda, la Justice et l'humanité toute entière ».
Source : publication X de @onduhungirehe.
Témoignages personnels
« Je côtoyais cette force sans tapage, sans aigreur, juste, sans faille. Exigeante. Redoutable. Et… comment dire ? discrète ? Non. Réservée. »
Christiane Taubira rencontre Dafroza Gauthier pour la première fois place Vendôme, au ministère de la Justice, alors qu'elle a décidé de renforcer le pôle Crime contre l'humanité du tribunal de Paris et qu'elle accueille Fatou Bensouda, procureure de la Cour pénale internationale. Elle la retrouve plus tard dans l'arrière-salle du Zénith, lors d'un concert de Gaël Faye.
Source : lettre de Christiane Taubira, « Pour Dafroza Gauthier », Cayenne, 3 octobre 2026, rendue publique.
Une vie de combat
Son parcours
-
4 août 1954
Naissance à Butare
Dafroza Mukarumongi naît à Butare, alors appelée Astrida, dans le sud du Rwanda, au sein d'une famille tutsi. Très jeune, elle est confrontée aux violences visant les Tutsi : la maison familiale est détruite et son père est tué lors des massacres de 1963.
-
1973
L'exil
Face aux persécutions visant les Tutsi, Dafroza quitte le Rwanda pour le Burundi. En septembre 1973, elle gagne la Belgique, où elle poursuit ses études, avant de rejoindre la France. Elle épouse Alain Gauthier en 1977. Ingénieure chimiste, elle s'installe avec lui à Reims et y construit sa vie de famille.
-
1994
Le génocide contre les Tutsi
Le génocide bouleverse définitivement sa vie. Sa mère, Suzana Mukamusoni, est assassinée le 8 avril 1994 à Kigali. Une grande partie de sa famille est exterminée : entre 70 et 80 personnes, racontera Dafroza.
D'avril à juillet 1994, plus d'un million de Tutsi sont exterminés au Rwanda.
Source : ministère rwandais de l'Administration locale, recensement des victimes (juillet 2000), bilan officiel de 1 074 017 morts publié en février 2002 (Justice Info).
-
1996 – 2001
Le début de l'engagement
En 1996, Dafroza retourne au Rwanda avec Alain. Elle rencontre des rescapés, recueille leurs récits et commence à transmettre leurs témoignages à la justice française. En 2001, le couple assiste à Bruxelles au procès des « Quatre de Butare ». Cette expérience marque un tournant : ils décident de consacrer leur énergie à faire comparaître devant la justice les responsables du génocide réfugiés en Europe.
-
2001
Création du CPCR
Avec Alain Gauthier, elle fonde le Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda (CPCR). Leur objectif : rechercher en France les personnes soupçonnées d'avoir participé au génocide, recueillir les témoignages et les preuves, constituer des dossiers et saisir la justice.
-
2005 – 2007
Présidente de la CRF
Dafroza préside la Communauté Rwandaise de France de 2005 à 2007, poursuivant parallèlement son engagement pour la mémoire, la justice et la reconnaissance des victimes du génocide contre les Tutsi.
-
Années 2000 – 2020
Des années d'enquêtes
Plusieurs fois par an, Dafroza et Alain parcourent le Rwanda à la recherche de témoins, de rescapés mais aussi d'anciens condamnés susceptibles d'apporter des éléments. Ils recueillent des récits, recoupent les informations et constituent patiemment des dossiers transmis à la justice française.
Depuis sa création, le CPCR s'est constitué partie civile contre 40 personnes.
-
Février 2014
Premier procès en France
À Paris s'ouvre le procès de Pascal Simbikangwa, premier procès en France d'une personne accusée d'avoir participé au génocide contre les Tutsi. Le CPCR est partie civile et Dafroza témoigne devant la cour d'assises.
Simbikangwa est reconnu coupable de génocide et de complicité de crimes contre l'humanité. D'autres procès suivront.
-
18 novembre 2017
La médaille Igihango
À Kigali, Dafroza et Alain Gauthier reçoivent l'Ordre national de l'Amitié exceptionnelle – Igihango (Order of Outstanding Friendship), en reconnaissance de leur engagement exceptionnel en faveur de la justice et de la mémoire du génocide contre les Tutsi.
-
2024 – 2026
Le combat jusqu'au bout
Dafroza continue d'assister aux procès, de témoigner et de porter la voix des rescapés. En 2026 encore, elle intervient devant la justice française comme cofondatrice du CPCR.
Au moment de sa disparition, huit hommes avaient été jugés en France dans des affaires liées au génocide grâce notamment au travail du CPCR, et sept condamnations étaient devenues définitives.
-
3 octobre 2026
Disparition
Dafroza Gauthier s'éteint à Reims le 3 octobre 2026, à l'âge de 72 ans, après près de trente ans de combat contre l'impunité.
Son combat continue.
Son combat pour la justice
Près de trente ans contre l'impunité
Pendant près de trois décennies, Dafroza Gauthier a consacré une part essentielle de sa vie à faire en sorte que la France ne soit pas un refuge pour les personnes soupçonnées d'avoir participé au génocide contre les Tutsi.
Avec Alain Gauthier et le CPCR, elle a mené un travail patient de terrain : retrouver les suspects, recueillir les témoignages des rescapés, confronter les récits, rechercher des preuves au Rwanda et constituer des dossiers suffisamment solides pour saisir la justice française.
- 40personnes visées par des constitutions de partie civile du CPCR
- 8hommes jugés en France dans des affaires liées au génocide contre les Tutsi à la date de sa disparition
- 7condamnations définitives obtenues devant la justice française
- 30 ansprès de trois décennies de recherche, d'enquêtes, de témoignages et de présence aux côtés des victimes
Son objectif n'était pas la vengeance. Il était que les victimes soient entendues, que les faits soient établis et que ceux qui avaient participé au génocide aient à répondre de leurs actes devant la justice.
Faire entendre la voix des rescapés et lutter contre l'oubli.
Source des chiffres : Le Monde, 3 octobre 2026.
Sa voix
L'entendre raconter son combat
Dans cet entretien avec Yves Thréard, Dafroza Gauthier revient sur le génocide contre les Tutsi, sur le travail du Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda pour recueillir les témoignages et sur les procès auxquels elle a participé en France.
Dafroza en images
Une vie d'engagement

Cette galerie s'enrichit au fil du temps. Vous avez des photos de Dafroza (commémorations, procès, vie associative, moments avec la communauté) ? Partagez-les avec la CRF, en précisant le lieu, la date et l'auteur de chaque photo.
Partager une photoLes informations envoyées (nom, ville ou pays, message, photos) servent uniquement à cette page mémorielle. Pour les faire modifier ou retirer, écrivez à diasporwanda@gmail.com. Politique de confidentialité
Livre d'hommages
Laisser un message
Vous avez connu Dafroza, vous avez croisé son chemin ou son combat vous a marqué ? Envoyez-nous votre message en précisant votre nom et votre ville ou pays. Les messages sont lus par l'équipe de la CRF avant toute publication : une sélection est publiée sur cette page.
Envoyer un hommageLes informations envoyées (nom, ville ou pays, message, photos) servent uniquement à cette page mémorielle. Pour les faire modifier ou retirer, écrivez à diasporwanda@gmail.com. Politique de confidentialité
Pour aller plus loin
Articles et ressources
- Dafroza Gauthier, après trente ans de traque des génocidaires rwandais réfugiés en France, est morteLe MondeNécrologie approfondie : rôle du CPCR, bilan judiciaire et chronologie de son engagement.
- Dafroza Gauthier, une vie consacrée à la traque des génocidaires rwandaisRFIPortrait de sa vie entre le Rwanda et la France, et du premier procès, celui de Pascal Simbikangwa en 2014.
- Dafroza Gauthier, « la chasseuse de génocidaires » rwandais, est morteFrance 24Son combat, la création du CPCR en 2001 et sa vision de la justice comme « réparation morale ».
- Dafroza Gauthier, trente ans à traquer les responsables du génocide des Tutsi au RwandaFrance 3 Grand EstSa vie à Reims, sa famille, la naissance du CPCR et le principe « la justice, pas la vengeance ».
- Dafroza Gauthier est morte, après trente ans à traquer les génocidaires rwandais réfugiés en France20 MinutesSon parcours, l'assassinat de sa mère en 1994 et son travail de mémoire.
- Dafroza GauthierWikipédiaBiographie, repères chronologiques et références.
- Collectif des Parties Civiles pour le RwandaCPCRLe site du collectif qu'elle a cofondé : comptes rendus des procès et suivi des procédures.
Son combat continue
La mémoire ne se transmet pas seule. Elle demande que l'on raconte, que l'on documente, que l'on refuse le négationnisme partout où il s'exprime. Elle demande que la justice aille jusqu'au bout, aussi longtemps qu'il le faudra. Elle demande que les jeunes générations reprennent le flambeau.
C'est une responsabilité collective : elle nous appartient à toutes et à tous.
Dafroza a fait sa part. À nous de poursuivre le chemin.
Ikivi yasize, tugomba kugikomeza.